2012/02/19



 Faire de cette chambre sans cachet le havre nonchalant d’une journée qui s’enfuit dans l’attente. Une lumière tendre imprègne des murs jaunit par les années. Par tous les passants des nuits passées. Dehors semble si loin. Mais en sourdine s’accouplent klaxons et nombreux freins.  S’y coupent dans une cacophonie loin du symphonique. Passé ma porte, s’étend de gros nuages d’où tombent de grasses gouttes sur Téhéran.

 Quant à moi, de tout mon long sur des coussins, je bouge à peine. Je fais le chat. Je me prélasse, feutré dans ce minimum de confort me convenant. Dehors peut bien faire ce qu’il veut. Le matin s’étire lentement sur une lumière qui attendrit l’heure. La pluie par la fenêtre fait des cercles dans des flaques. Dégoutte sur les trottoirs. Des excès urbains en rigoles noires. Que la pluie lave cette sale ville de toute la crasse qu’elle dégueule chaque jour. Qu’elle efface jusqu’au dernier son.

 De la pluie pour du silence. Baignant dans une lumière couleur d’ambre, le jour avance. Dans ma tanière, caché, pacha, je fais le roi dans mes haillons. La presse en rien, les heures vagues me passe dessus à mi-chemin entre farniente et fénéanse.

2012/02/15

Kurdistan et fin!



 De ce pays j’ai vu beaucoup et sur sa fin ce préoccupent de grands changements. Sur des détails s’opère un paysage changeant. Dans une langue bien à eux, les Kurdes portent à même le cœur un rêve sauvage qui les habite depuis longtemps. Le rêve d’un pays. Un songe en forme de terre… le Kurdistan. Cet idéal de part égal entre l’Irak et puis l’Iran. Que la Turquie ferait majoritaire et la Syrie petite pointe. Mais ce pays n’existe pas et chaque pont entre deux rives est à l’office du contrôle. L’armée Turque, blindée à vif, fait les cent pas sur un territoire où ils ne sont ni natifs, ni bienvenus. Ils contrôlent l’identité sur des bouts de papier. Beaucoup de vieilles dames pour peu de rebelles. Ils sont blindés dans des machines. Caché derrière des révolvers contre la révolution. Pour tout peuple ces extrêmes… ces extrémistes. Le Kurde est fier, certes, mais des sourires si francs ne mentent pas. Des bras ouverts trompent rarement.

 Au fin fond de ce pays, les vaches ont envahi les rues. Les troupeaux de chèvres qui les traversent sont sans soucis. Les autobus ne partent que lorsqu’elles sont pleines du plancher au plafond. Le temps s’étire en différé et toujours il y a de la place pour un passager de plus. Des hordes d’enfants sur de longues distances me prennent en chasse dans des rues aux odeurs charbonneuses. Ils sont armés du bout des lèvres d’un seul mot répété deux fois. Money, money, du bout des lèvres, les doigts gelés et la peau sale. Des boules de neiges, des roches ou des kiwis me sont lancés lorsque les sourires se font méchants mais pas souvent! Même le thé, symbole de cette nation, se boit différemment au Kurdistan. C’est un cube de sucre à même la langue qui bu à petites gorgées brulantes se dissout dans l’amertume.

 Il m’a fallu longer une frontière barricadée et cent mille barbelés. Une ligne déserte coupant la Syrie au reste du monde. Fermé pour ne pas nous montrer ce qui s’y passe à l’intérieur. Longer cette clôture triste la plaine plisse et toute petite sur la montagne Mardin y est posée. C’est une vieille citée construite en bloc. Pour une maison si colle une autre. Un labyrinthe de rues que seul le marcheur peut emprunter. De ruelles boueuses en escaliers glacées amènent des bazars d’ombres. Nombreux minarets percent le ciel et les ânes chargés de charbon fond du porte à porte jusqu’à tard dans la nuit. La neige s’est faite manne et au matin, la ville entière de sur ces toits est devenue terrain de jeu pour mille enfants…

 Je quitte la Turquie avec en bouche un gout grandiose. Des endroits vus et respirés. Perdre le souffle  de voir beaucoup. Cette fierté dans chaque regard. La fierté de vivre ici reflète l’amour qu’ils te portent. J’ai roulé sur tout ton corps et ton odeur reste imprégnée dans mes bagages. Je te reverrai un temps plus tard… Te reverrai dans une saison autre… merci

2012/01/23



Dans cette  nuit d’encre à l’écart du connu déborde des envies lointaines.
Des envies humaines… des souvenirs de vous se mélangent sous cette  nuit de glace.
Je ferme les yeux, descends en cave une bouteille de rouge en tête.
Un flacon mûr, le son du bouchon à l’ouverture.
Prendre un bain, un bain brulant. S’endormir dedans.
Le rouge décante, Morphée m’endort…
Une gorgée de pur délice. J’ai les doigts qui plissent.
Fermer les yeux; l’odeur du feu.
De bûche en braise, le bois crépite.
Craquent de chaude lumière. Ma peau chauffée à blanc par la fonte.
J’entends des voix, j’en ai envies, je pense à vous.
Seul dans ma tente, j’ai soudain chaud.
Mes amis, mon rêve, vous êtes d’une agréable compagnie.
Le temps s’étire sur des fuseaux horaires qui nous font distance.
Nos bras n’ont pas la longueur des continents mais vous êtes là.
Les yeux fermés, je peux vous voir.
Goutté ailleurs dans de grandes coupes.
Je me réchauffe à ces pensées et je m’endors.
J’y suis…


2012/01/19


  L’hiver s’en suit, l’hiver sévit et dans ma course je l’entraine vers l’Est. C’est officiel, la Turquie a refusé toutes lignes droites. Elle décréta le plat global une perte d’espace. J’avance en aveugle suivant les humeurs de cette vieille croute terrestre qui dans ces plaques tectoniques cachent des courbes impossibles. Des courbes voilées sur des cols de souffles courts. Des courbes bordées d’imprévus, cachant des serpents de routes vers le bas.

 Parfois, par temps froid, je m’imagine brûlé par le soleil. M’imagine oiseau, flottant pour aller voir au-delà d’une butte. L’hiver produit des jours où le vent n’a aucune pitié. Des jours où la nature n’a rien pour moi. Des temps qui rongent l’essence même de ce voyage. Ce vent de face lorsque de glace toujours me gruge, me décourage, m’enrage, me fait douter. Je ferais des montées à l’infini pour t’éviter. Il me faut l’avouer, j’ai sous-estimé les vents de Gorême. Crains les neiges de Cappadoce. Baissé la tête, mordre du vide pour me retrouver un peu plus loin les soirs venus.

 La neige s’empile dans l’altitude, elle s’épaissit dans l’Est. Ces montagnes, vaste chaine, forment des paysages que d’écrire est impossible. Des pics en blancs, des pics abrupts jouant des ombres avec l’hiver. De larges vallées avec en fond petites rivières… grand débit. Traversant de longs tunnels, je joue des échos avec ma voie. Chante sans gêne dans les descentes. Le blanc des neiges s’efface; le vert aux feuilles se remet en place. Des vergers de pamplemousses me picotent les yeux de courts instants. Sur des odeurs d’agrumes, les pistachiers dorment dans une glaise rouge. Et ça vallonne dans l’étendue…

 Des quatre points je choisis l’Est. L’Est d’où s’étire mon ombre de ses soleils couchants. L’Est qui s’appauvrit à vue d’œil… à vue d’homme. L’Est différente, fervente, rude. Dans sa course démentielle le vent roule, déboule sur ces terres de roches. Sur cette Mésopotamie aride, berceau humain d’un autre temps. Des terres misent à nues que seuls quelques bergers habitent. Devant, de grandes collines nues perdent l’horizon et les chèvres maigres à mon passage beuglent. J’avance en terre Kurde. L’Iran n’est plus bien loin désormais…

2012/01/14



 Aux quatre coins de ce pays, de long en large, nul ne peut ignorer ta personne. Tu es partout. Ton regard bleu sur des affiches s’impose. Ta posture silencieuse fait les podiums. Pose fièrement ton profile dans les chaumières. Des routes et des boulevards portent ton nom. Debout, ton corps de bronze centre les villes. Ta tête d’or aux sourcils fous encastre les détours de bien des murs. C’est à croire qu’avant toi il n’y avait rien. S’entrechoquent tes profiles sur les pièces de monnaies. Tu te trimbales dans les poches de tous les Turques.

 Mais qui étais-tu, Ataturk? Un homme aux idées à l’avant-garde de son temps. Tu marquas la Turquie d’un sceau bien moderne. Un vent nouveau au tournant d’un siècle bouillant. Tu donnas un nouvel étendard à ce pays changeant. Ataturk, le grand. Mais qui étais-tu vraiment? Un homme de guerre fier de son pays. Un politicien qui a fait de l’Europe son modèle. Tu enlevas le pont entre politique et religion. Tu es l’un des premiers à avoir donné une voie aux femmes. Tu remodelas la Turquie jusqu’à lui donner un nouvel alphabet. Tous t’idolâtre même si certains rêvent dans leurs barbes le temps d’avant ta venue.

 Ne reste de toi que les faits et les images. Ne reste de toi que le beau, le meilleur, le héros. Que dirais-tu de cette Turquie post-modernisée. Est-elle devenue la continuité de ta vision. En serais-tu fier? La défendrais-tu encore avec autant d’ardeur? A-t-elle tangué du bon côté; de ton coté ? Qu’en est- il de son identité, de son authenticité. Ne reste de toi que des statues. Hélas, elles ne sont pas bien bavardes. Tes images sont nombreuses mais c’est ta voie que j’aimerais entendre.

2012/01/07



 Prendre des vacances dans ce voyage. À mi-chemin faire une halte. Flâner ce mois sur mes deux pieds et ma bécane dans un garage attend la neige. Dormir de longs matins tranquilles. Un grand dortoir en guise de tente. Le menu des jours prochains sera léger. Des soirs à boire et à manger. Des soirs à s’étourdir la tête, à s’engourdir les sens, à se remplir la panse. Fondu Chinoise, mousse au chocolat, billard et bière. Je lis pieds nus, je me prélasse. Tombe la pluie de sur mon toit et je souris d’en avoir un. Un brin coupable dans la nonchalance. Ces mois remplis d’action sont devenus ma dépendance. Se réhabiliter à la marche un sac au dos. Marcher pour le simple plaisir d’une vue. Marcher sans la moindre destination. Prendre des bus, des taxis, des avions, des métros. Rouler en mobylette pour s’endormir dans un hammam. Jouer, ne faire que cela, en compagnie de vieilles branches. Venus de loin, des amis de longues dates sont avec moi et Noel aura été blanc cette année.

 Finir cette mi-temps à Istanbul, la gigantesque. Siéger la ville des jours durant. Une carotte au bout du nez; un visa, précieux papier. Ce visa, du moins son ombre, fait des longueurs sur les eaux vague du World Wide Web. Dans l’attente, lassé en rien, lentille en main, je marche la ville. Cherche des moments à fixer en images. Puis un matin, cette étampe pour l’Iran je l’ai enfin. Mes cuisses me démangent. Il ne me reste qu’à retourner en Cappadoce.

 Cette Cappadoce que je ne comprends toujours pas. Un paysage de fées, percé de trous jadis maisons d’hommes, maisons d’oiseaux. Un monde en rose et jaune que des montgolfières survolent matins et soirs. Planent ces ballons que de grandes flammes gonflent au-dessus d’une terre de tours taillées par le vent… trouées par l’homme. Demain, je quitte ces églises cachées au bout de longs tunnels et ces pigeonniers gratte-ciels.

 Je reprends la clef des champs, j’en ai envie. Mes cuisses ne veulent plus de l’inertie. Je reprends du service. Le retour en selle me donne des papillons au ventre.

2011/12/15

Bilan premier trimestre



                                                   Bilan du premier trimestre:


-5774 kilomètres en deux continents visant l’Est et le Moyen Orient.
-Traversé 8 pays : France, Allemagne, République Tchèque, Autriche, Hongrie, Serbie,                Bulgarie, Turquie. Le dernier très grand pour sept petits.
-Nombre de crevaison : 0!
Incroyable mais vrai… (Il y a encore de l’air Canayenne dans mes tripes)
-Rien de perdu mis à part quelques litres de morves.
-Plusieurs choses ont été brisées puis réparées avec les moyens du bord.
-5 journées presque trop chaudes en bédaine suit.
-7 journées frigorifiantes. Sous les Celsius mes orteils se sont fait glaçons.
-6 jours de pluie pour un été indien sans fin.
-Plus de vent de dos que de face et j’ai la merde au cul.
-Des milliers de kilomètres de plat suivant le Danube.
Quelques douzaines de cols par-ci par-là.
-3 mois de champs, de plaines, de forêts, de rivières, de bords de mer. Des montagnes à la chaine, des villes, des métropoles.
-L’horizon de plus en plus opaque, la pollution de plus en plus présente.
-59 jours de vélo à ronger les pignons de mes plateaux.
-23 jours de repos à me pavaner. Marcher à même le pouls de chaque endroit visité.
-Dormi dans 63 endroits différents.
-Hébergé 11 fois via couchsurfing.org.
-Par trois fois des inconnus mon offert le gîte pour la nuit.
-Dans 10 auberges et hôtels de bas étages je me suis allongé.
- 39 terrains plats où j’ai installé ma tente.
-Seulement deux nuits où j’ai eu peur
-Croisé des centaines de chiens morts, quelques dizaines de chats écrasés et une poule mal chanceuse.

 J’ai arrêté il y a longtemps le compte des thés, des cafés et nourriture diverses que l’on m’a offert. Trois mois de bien des miles. Le moral est toujours là et j’ai la forme au corps. Je prends désormais des vacances dans mon voyage.  Je troque mes quatre sacoches pour un sac au dos.