2012/03/06


  Ne pas oublier cette fillette dans la mosquée de Qom. Où les femmes en noire contrastaient des murs brulés par le soleil. De sur sa tête, sur tout son corps, elle portait un drap blanc picoté de fleurs. Ne reconnaissant en rien toute la signification de ce bout de tissus, elle gambadait souriante. S’amusant avec les ombres, l’innocence au fond des yeux, entre les minarets et les lumières de midi.

 Se rappeler de ce fermier rencontré dans un village perché entre deux déserts. Cet homme le quart de siècle dans les veines qui dans la parole, de tous ces gestes, de ces manières émanait son attirance pour les hommes. Il ne peut que cacher ce grand secret silencieusement emprisonné dans sa propre personne. Son corps une prison et ses envies un impossible des grands jours. L’homosexualité, se refoulant, fera mariage bien décevant.

 Ne pas oublier ces hommes aux mains habiles dans les bazars de basses lumières. Jouant du cuir et des métaux pour en faire de beaux objets. Des artisans chauffant à blanc de vieilles casseroles; une flamme de jouvence à même le sol. Se mélange dans l’air des vapeurs toxiques aux odeurs de viandes de chameaux. Les gens vivent de peu dans de vieilles villes sales et polluées. Travaillant de tous leurs corps, ils en arrachent pour survivent. De ces villes s’échappent les déchets qui flottent dans le désert.

 Se rappeler des femmes dissimulant les courbes de leurs corps d’un voile noire une fois dehors. D’une cape elles cachent des formes ici taboues. Je ne suis pas en droit de leurs adresser paroles. Elles ne sont ni ma sœur,  ni ma femme, ni ma mère. Parfois nos yeux se croisent mais ne se comprennent pas. Des yeux de rêves pour un corps secret. Les hommes et les femmes forment deux clans se donnant distances l’un envers l’autre. Ils se connaissent à peine dans ce pays où l’autre sexe reste mystère.

 Ne pas oublier que l’Iran est un pays grandiose de ces espaces vastes et beaux. Se rappeler de chaque personne rencontrée sur les routes et les repos. Tous m’ont portés des regards très curieux pour des sourires de tout temps. De dans leurs mains coulaient des gestes généreux. Mais la parole-libre manque et la liberté d’expression s’est enfuit il y a longtemps. Un pays où l’on ne peut que chuchoter de graves vérités et l’habitude des non-dits fait la routine. Un pays où partout les murs peints de longs slogans nous rappellent qui sont les maîtres. Ces grands manitous…pour moi des fous. Le choix est une chimère et la guerre, cette poigne de fer, se referme lentement dans l’isolement. L’information est rare et dans le noir l’attente est longue. N’ayant d’autre choix, ils attendent les mains liés que quelque chose se passe. Ils attendent…  entendent des rumeurs de révoltes venant du voisinage. Impuissant, ils attendent une guerre qu’ils n’ont pas choisie et que personne ne veut.

2 commentaires:

  1. Ola Ombre, Tu n'oublies pas que ton aventure, on la vit à travers tes mots et tes images, et qsue nous t'en remercions,
    Se rappeler ta silhouette pour mieux t'imaginer, seul au milieu des autres.
    Bon vent,

    Famille Boursier !!

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  2. Quelle chronique mon cher !
    Les impressions que tu notes tout au long de ton périple me font tout simplement rêver. Et dans ce cas-ci, elles me donnent également la chair de poule.
    J'espère également que tu as tout faux...seul l'avenir nous le dira.
    Prends soin de toi Alfrou et j'espère te revoir bientôt.
    Bisous, Cachou xxx

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